L’espoir de la FM


FRANCS-MAÇONS – Par Sophie Coignard
Publié le 03/02/2011 à 11:05 | Le Point

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Une lueur d’espoir pour la FM

…Une lueur d’espoir apparaît après la Seconde Guerre mondiale. Victimes des persécutions nazies, les frères ne sont plus pris pour cible ouvertement par les représentants de l’Église. La laïcité n’est plus un objet de combat politique. Vatican II donne des signes implicites de détente.

À la Grande Loge nationale française, l’obédience « régulière » – reconnue par Londres -, qui exige de ses membres qu’ils soient croyants, on bricole même une théorie selon laquelle les frères qui ont prêté serment sur la Bible au moment de leur initiation ne sont pas concernés par l’excommunication. Avec un certain succès, d’ailleurs, puisque quelques évêques acceptent de l’appliquer. Rien de plus logique, l’obédience comptant plusieurs prêtres parmi ses membres…

Mais quelle déconvenue lorsqu’au début des années 80 une délégation de la GLNF se rend à Rome pour nouer un dialogue plus formel ! Ces émissaires sont renvoyés par le secrétariat pontifical au bureau « foi et incroyance ». « L’Église est alors prête à dialoguer avec les incroyants et avec les autres religions, mais les francs-maçons n’entrent dans aucune de ces cases », remarque Roger Dachez.

« Péché grave »

L’année 1983 fait miroiter un espoir de courte durée. En janvier paraît le nouveau Code de droit canon, qui n’avait pas été révisé depuis 1917. L’article 1374, qui condamne les sociétés conspiratrices, ne mentionne plus la franc-maçonnerie. L’excommunication est levée de fait.

Mais, en novembre de la même année, le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, Joseph Ratzinger, qui deviendra Benoît XVI, maintient, dans une mise au point officielle, que les francs-maçons demeurent en état de péché grave parce que « leurs principes ont toujours été considérés comme inconciliables avec la doctrine de l’Église ». Une interprétation qui suscite l’étonnement : « L’intention du nouveau code était manifestement de ne plus maintenir de sanction systématique, explique le père Jérôme Rousse-Lacordaire, directeur de la bibliothèque du Saulchoir, à Paris, et auteur de Rome et les francs-maçons, histoire d’un conflit (Berg International, 1996).

Les débats de la commission chargée de rédiger ce code montrent qu’il s’agissait de laisser aux évêques la faculté de juger au cas par cas. Ce revirement montre combien cette question continue de provoquer des tiraillements au plus haut niveau de l’Église. »

L’Osservatore Romano publie en 1985 un commentaire intitulé « Foi chrétienne et franc-maçonnerie » qui indique que, sur le fond, rien n’a changé : « Faisant abstraction de la considération de l’attitude pratique des diverses loges, de leur hostilité ou non à l’égard de l’Église, la Sacrée Congrégation pour la doctrine de la foi, par sa déclaration du 26 novembre 1983, a voulu se placer au niveau le plus profond et par ailleurs essentiel du problème : c’est-à-dire sur le plan de l’incompatibilité des principes, ce qui veut dire sur le plan de la foi et de ses exigences morales. »
Autrement dit, pour l’Église, le secret a ses limites, et celles-ci sont dépassées par le serment prononcé en loge, secret qui risque de nuire à l’ordre public, mais surtout à la sincérité de la confession.

Et que dit le père Rousse-Lacordaire aux fidèles qui s’interrogent sur leur appartenance à la franc-maçonnerie ? « Je leur réponds que la doctrine officielle de l’Église est de maintenir l’état de péché grave, mais qu’il n’est plus question d’excommunication. Cela dit, la plupart d’entre eux considèrent que Rome n’a rien compris à la franc-maçonnerie, et ils ont décidé de s’accommoder de ce malentendu. »

Hiram, un héros franc-maçon vénéré

Il est l’architecte du Temple de Salomon, et tous les frères le vénèrent.
La plupart des francs-maçons, de par le monde, croient en Dieu, ou du moins au Grand Architecte de l’Univers. D’autres, comme ceux du Grand Orient de France en 1877, ont rejeté cette notion. Mais tous vénèrent le même héros : Hiram, l’architecte du Temple de Salomon, auquel Jérôme Touzalin, 30e degré du Rite écossais ancien et accepté, a consacré un travail en loge qu’il a bien voulu confier au Point.

En voici quelques extraits :

« Hiram n’est ni un Dieu, ni le fils d’un Dieu, ni un prophète envoyé d’un Dieu. Hiram n’est pas non plus un grand penseur nous ayant laissé d’immenses traités philosophiques et encore moins un révolutionnaire nourrissant de vastes projets. Hiram n’est ni Moïse, ni Bouddha, ni le Christ, ni Socrate, ni Mahomet, ni Karl Marx, ni Gandhi… Bref, rien de tout ce qui habituellement fait émerger religion, courant de pensée ou révolution sociale. Hiram est figuré comme un constructeur : c’est là le point qui le distingue de tous les autres, il ne s’appuie pas sur des mots, il s’exprime à partir de la pierre.
Pourquoi la pierre ? C’est qu’elle est encore suffisamment proche de l’état initial pour être considérée comme le témoin le plus direct de l’opération qui a abouti à la création du monde, et celle des hommes. Elle est une forme de la mémoire de l’univers.
Hiram, à partir de cette pierre, ne promet pas le bonheur pour un au-delà lointain, au prix de notre souffrance de vivant ; il n’assène pas une vérité inébranlable dont il serait le seul dépositaire et qu’il faudrait suivre aveuglément ; il ne demande pas de jeter bas l’organisation du monde environnant ; ce qu’il nous enseigne est une conduite pour le temps présent, il propose que chacun d’entre nous, dans sa diversité, à son grade, dans son intelligence et son savoir, s’inscrive dans l’entreprise qui pousse les hommes à bâtir leur existence commune autour de la recherche de la vérité, de la lumière et d’une vie collective pacifiée.
La construction du Temple, son achèvement, ce sera, pour certains maçons, les retrouvailles avec un ordre originel, celui d’avant la chute du Paradis, où nous étions mêlés au Dieu créateur ; pour d’autres maçons, c’est une réplique de l’équilibre du cosmos, compris comme témoignage de l’expression de la volonté divine… et pour d’autres, enfin, le Temple c’est l’ordre du monde social, construit à partir de la raison et des valeurs morales, par des hommes libérés de leurs superstitions. »

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