La souffrance et le sacrifice


Comme l’or que l’on met dans le feu, l’amour doit être purifié par le sacrifice. Le Sacrifice de la Croix a sauvé le monde. Toute la vie du Sauveur n’a été qu’une préparation à son « heure ». De même, le point culminant de la vie du chevalier n’est pas dans l’action, même la plus spectaculaire, ni dans la prière, ni même dans l’accomplissement de ses devoirs par obéissance, mais dans le sacrifice, dans le don de soi, qui doit pénétrer toutes les actions, les prières, et toute la conduite.

Ce sacrifice de soi-même est couronné par la souffrance.

La vie de l’homme se divise en trois phases : la préparation au travail, le travail, et la souffrance. Ici à Niepokalanów, les uns se préparent, les autres travaillent déjà et un vieillard aux cheveux blancs, comme celui que vous voyez devant vous, est déjà en train de passer à l’étape suivante, celle de la souffrance. C’est par ces trois étapes que Dieu nous attire à lui. Plus une âme s’est consacrée à Dieu avec ferveur, plutôt elle se prépare à cette troisième étape, pour sceller son amour pour l’Immaculée par des souffrances supportées par amour. Car rien ne nous unit à l’Immaculée et ne renforce notre amour autant que cet amour uni à la souffrance par amour. C’est précisément par ce chemin de la souffrance que nous pouvons nous rendre compte si nous lui appartenons vraiment sans aucune réserve. A cette troisième étape de notre vie, nous devons lui manifester l’amour le plus grand, un amour de chevalier ! Et ainsi, souffrir, travailler et mourir en chevalier, non pas d’une mort ordinaire, mais, pourquoi pas, d’une balle dans la tête, pour sceller notre amour pour l’Immaculée ; en chevalier, verser notre sang jusqu’à la dernière goutte pour hâter la conquête du monde entier à l’Immaculée ! C’est ce que je souhaite pour moi et aussi pour vous. (Conférence du 28.08.1939 ; KMK, p. 361–362.)

A la lumière divine, nous devons comprendre que le zèle des débuts, ce vol d’aigle de l’âme vers Dieu, cette douce présence de Jésus, ont peu de valeur aux yeux de Dieu. Car tout cela n’était que les friandises du bon Dieu, des grâces exceptionnelles, par lesquelles Dieu le Père nous attirait à lui en touchant nos sentiments. Dieu nous faisait goûter un peu de sa douceur, afin que nous nous engagions avec joie et volontiers dans le chemin de la perfection. Mais ces moments sont de peu de mérite pour la vie éternelle, car il y manquait le sacrifice et l’effort de notre part.

L’amour, ce « lien de la perfection », ne se nourrit et ne se rassasie que de la souffrance, du sacrifice et de la croix.

Nous devons, bien sûr, remercier Dieu pour ces grâces inappréciables, qui en raison de notre pauvreté et de notre faiblesse, étaient nécessaires durant cette première étape de notre vie spirituelle. Mais tandis qu’il éloigne de nous ces consolations et nous envoie à leur place des croix douloureuses et des souffrances, son amour pour nous ne diminue en rien. Notre amour pour Dieu se perfectionne dans la souffrance, comme l’or est purifié par le feu. (Conférence du 17.01.1937 ; CDM, p. 160–161.)

« Priez et faites des sacrifices, car beaucoup d’hommes vont en enfer parce qu’il n’y a personne qui prie et se sacrifie pour eux. » Ces paroles de Notre-Dame, prononcées le 19 août 1917 à Fatima, confirment et illustrent ce mystère de la communion des saints, selon lequel le salut de beaucoup d’âmes dépend de nos petites prières, de nos petits sacrifices et de nos souffrances. Nous comprenons donc pourquoi le Père Kolbe y attache tant d’importance :

Afin de faciliter notre action pour le bien des âmes, Dieu permet que nous ayons à porter différentes croix, qui dépendent ou non de la volonté des autres, qui proviennent de leur bonne ou mauvaise volonté. C’est pour nous un champ immense à exploiter et qui est source de grâces innombrables.

Parmi elles, les souffrances qui nous viennent des autres sont particulièrement profitables. Avec quelle sainte espérance ne demandons-nous pas dans le « Pater » : « Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. » C’est Notre-Seigneur lui-même qui nous a appris cette prière. Ainsi, il suffit que nous pardonnions les fautes commises contre nous pour avoir droit au pardon de nos offenses envers Dieu. Comme cela serait difficile, si nous n’avions rien à pardonner, et quelle chance quand, dans la journée, nous avons de grosses offenses à pardonner. Il faut avouer que la nature tremble à l’idée même de la souffrance et de l’humiliation, mais, à la lumière de la foi, elles sont si importantes pour la purification de notre âme, si excellentes, car elles contribuent à rendre notre union à Dieu plus intime, notre prière plus efficace, et notre zèle missionnaire plus ardent. (Lettre à Mugenzai no Sono du 01.12.1940 ; BMK, p. 216–217.)

Mais que faire de ses souffrances?

Le Père Maximilien Kolbe était si convaincu de l’efficacité des souffrances offertes, que devant tous les visiteurs, il déclarait qu’à Niepokalanów, ses collaborateurs les plus importants étaient les malades : L’hôpital et les malades qu’il abrite, voilà le service le plus important des éditions de la M.I., le service qui a le meilleur rendement et qui est le plus productif, car il est débordant de mérites et de tout ce qu’il y a de plus utile pour la cause de Dieu. D’ici est exclue toute forme d’attachement et d’initiative personnelle, tout ce qui donne à l’homme une certaine satisfaction et une chance de réussite, et même (de la part des autres) la reconnaissance et des éloges pour le travail accompli. Ici ne subsiste que la souffrance et le mérite qui en découle. L’hôpital est le seul service de la cité de l’Immaculée qui rapporte le profit le plus pur et le plus élevé. (F. J. Grzybowski, Cierpienie w pojęciu o. Maksymiliana (La signification de la souffrance chez le Père Maximilien) ; CDM, p. 210.)

Mais il faut se garder d’idéaliser cette arme. La plupart du temps, le sacrifice ne consiste pas en une pose héroïque, pathétique, visible de tous, comme on se l’imagine, par exemple, un martyre glorieux dont les hommes parleront encore longtemps avec admiration.

Il y a quelques jours, lorsque je parlais avec les frères de la mission, beaucoup d’entre eux se disaient prêts à donner leur vie pour la cause de Dieu dans les pays lointains. Mourir martyr de la foi dans les missions n’est pas difficile, c’est bien plus facile que d’être malade, et de se consumer lentement par les souffrances durant de nombreux mois et années, sans le moindre espoir d’amélioration pour la santé. Le martyre ne dure habituellement qu’un temps relativement court ; la maladie, en revanche, détruit l’organisme lentement mais sans discontinuer, et c’est ainsi qu’on accède à un héroïsme qui embrasse une longue durée. Si, à force d’efforts, le malade parvient à l’héroïsme du sacrifice volontaire qui découle d’un amour brûlant pour Dieu, alors il ne fait aucun doute qu’il s’approche de Dieu à pas de géant, et qu’il s’unit à lui à tout instant par les liens toujours plus forts de l’amour. Bienheureuse, oui, je le répète, bienheureuse une telle âme…

Quels sont les genres de souffrance que nous avons réellement de la peine a endurer?

Les meilleures mortifications sont celles qui résultent des devoirs quotidiens, qui sont donc indépendantes de notre volonté, car celles que nous nous imposons nous-mêmes flattent notre amour-propre. S’il se présente une occasion d’impatience, il faut supporter calmement cette contrariété. C’est la meilleure mortification, car personne n’y prête attention, et au cours d’une journée, de telles occasions sont très nombreuses. (Conférence du 8.11.1936 ; KMK, s. 94.)

La sainteté réside dans des choses insignifiantes, avait l’habitude de dire sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, et elle-même en a donné l’exemple : Patronne de toutes les missions ! D’où lui vient une telle « compétence » en matière de missions ? A-t-elle peut-être été missionnaire dans beaucoup de pays païens, a-t-elle versé son sang comme martyre ? Rien de tout cela. Jamais elle n’a franchi le seuil de son couvent de Lisieux. Durant sa vie ici-bas elle n’a pas opéré de miracle retentissant, mais elle s’est entièrement sacrifiée dans la grisaille du morne quotidien. Ce qui importe, ce n’est pas ce que nous faisons, mais comment nous le faisons, dans quelle intention, et avec quel degré d’amour. Or, quelle était son intention à elle ? Faire plaisir au Sauveur, porter les croix quotidiennes par amour, travailler par amour, vivre par amour, être un petit enfant qui gagne le cœur de son père et de sa mère par de petits témoignages d’amour. Chacun peut et doit être un tel missionnaire. (Manuscrit La patronne de toutes missions ; CDM, p. 211.)

L’amour ne se prouve que par le sacrifice. Et plus un homme aime Dieu, plus il est chevalier de l’Immaculée, plus il veut faire de sacrifices, plus aussi il veut souffrir avec le Sauveur crucifié et être crucifié avec lui.

Ne l’oublions pas : l’amour vit et se nourrit de sacrifices. Rendons grâces à l’Immaculée quand nous avons la paix intérieure, quand nous sommes dans les consolations de l’amour, mais n’oublions pas que tout cela, bien que ce soit bon et beau, ne constitue pas l’essence de l’amour, que celui-ci peut exister sans tous ces sentiments, et qu’alors seulement l’amour est parfait. Son point culminant est cet état dans lequel le Sauveur a prié sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez-vous abandonné ? » Sans sacrifice, pas d’amour. Sacrifice des sens, — c’est-à-dire de la vue, du goût, de l’ouïe, — mais avant tout, sacrifice de l’intelligence et de la volonté par la sainte obéissance. Comme l’amour qui embrase l’Immaculée, comme l’amour de la bonté de Dieu et du Sacré-Cœur en elle, ainsi cet amour doit nous saisir et nous pénétrer nous aussi, et alors nous éprouverons le besoin de faire des sacrifices pour les âmes. Alors l’âme veut donner des preuves constamment renouvelées et toujours plus profondes de son amour, et ces preuves ne sont justement rien d’autre que les sacrifices. Ainsi donc je souhaite à tous et à moi-même autant de sacrifices que possible. (Lettre à Mugenzai no sono du 9.04.1933 ; CDM p. 147.)


Que la vie est courte, et que le temps passe vite ! Vendons-la, ou plutôt donnons-la, sacrifions-la, et aussi chèrement que possible.

Plus on souffrira, mieux cela vaudra, car après la mort on ne peut plus souffrir — le temps où nous pouvons prouver notre amour est court, et nous ne vivons qu’une fois ! (Lettre aux Frères de Lvov du 17.03.1933 ; CDM p. 146.)

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