La force du Cœur de Marie


Le Cœur de Marie manifeste la Puissance de Dieu

Le Cœur de la Mère de Jésus est une illustre ressemblance de la Force et de la Puissance de Dieu. Un des principaux noms et des plus ordinaires que Dieu prend dans ses Écritures, c’est celui de Fort et de Puissant, se dit-il lui-même: « Je suis le Dieu très fort, Je suis le Dieu tout-puissant. »

En Dieu la puissance et la force ne sont qu’une même perfection, mais qu’il y a néanmoins quelque différence entre leurs effets. Car le propre de la toute-puissance est d’opérer des choses grandes et admirables; et le propre de la force est de les opérer facilement, sans aucune peine ni travail.

Les effets de la toute-puissance de Dieu sont de créer des mondes, de les conserver, de les gouverner; de les créer de rien, et en un moment, et avec un fiat, et même avec un seul acte de volonté, et d’en pouvoir créer une infinité, et de les pouvoir tous réduire au néant en un seul instant.

Les effets de la Force sont de faire toutes ces œuvres avec une vertu infatigable, et de travailler continuellement à produire, à conserver, à gouverner une immensité et une infinité de choses, sans se lasser aucunement, et sans rien perdre du tout du plus parfait repos qui se puisse imaginer.

La Toute-Puissance et la Force en Notre-Seigneur Jésus-Christ

Les effets de cette même toute-puissance, observée dans l’Homme-Dieu, sont le mystère ineffable de son Incarnation, celui de sa naissance, tous les autres mystères et tous les miracles qu’il a opérés en la terre, l’institution du très saint Sacrement, sa résurrection, son ascension, l’établissement de l’Église, et tous les prodiges qu’il y a faits par ses Saints.

Les effets de la force, ce sont toutes les actions qu’il a faites pour notre salut, durant le cours de sa vie sur la terre, avec une vertu et une vigueur infatigables, selon ces divines paroles: « Il a fait sa carrière avec un cœur et une force de géant. »
Ce sont aussi toutes les souffrances presque infinies qu’il a portées avec une constance admirable. Ce sont enfin toutes les victoires qu’il a remportées sur le péché, sur le monde et sur l’enfer et sur tous ses ennemis et les nôtres. 

La Toute-Puissance et la Force dans le Cœur de Marie

Voilà ce que c’est que la puissance et la Force divines, et la différence qu’il y a entre les effets de ces deux adorables perfections. Voyons maintenant ce qu’elles font dans le Cœur très auguste de notre Reine. Je vois qu’elles y impriment leur image d’une manière très parfaite. Car quelle puissance n’a point le Cœur de la Mère du Tout-Puissant sur le Cœur de celui qui a voulu s’assujettir à elle comme à sa Mère, et lui donner une autorité et puissance maternelle sur lui, qui ne sera jamais séparé de sa divine Maternité; parce que, comme le Fils de Marie ne quittera jamais ce qu’il a pris de sa Mère très aimée dans ses bénites entrailles, aussi il ne lui ôtera jamais ce qu’il lui a une fois donné.

Si tout est possible au cœur fidèle qui croit en Jésus-Christ, selon sa sainte Parole; qu’y aurait- il d’impossible au Cœur maternel de celle qui l’a engendré, qui l’a porté neuf mois dans son ventre sacré, qui l’a enfanté, qui l’a allaité de ses mamelles, qui l’a nourri et élevé, et qui l’a accompagné en tous ses travaux et souffrances, et qui l’a plus aimé que tous les cœurs élus ciel et de la terre?

Si l’apôtre saint Paul nous déclare qu’il peut tout en celui qui le fortifie; que ne peut pas le Cœur de la Reine des Apôtres, qui porte et portera éternellement en soi celui que les divines Écritures appellent la vertu de Dieu et qui par conséquent est rempli et animé de la vertu et de la puissance du Très-Haut? Ne peut-on pas dire véritablement que ce Cœur virginal est tout-puissant en celui qui, étant comme son âme et son esprit, est aussi sa puissance et sa force?

C’est le Cœur de cette femme forte, dont parle Salomon, qui a toujours été animée d’une vertu mâle et vigoureuse et laquelle lui a fait faire toutes ses actions avec une souveraine perfection et sans aucune défectuosité.

C’est le Cœur de cette femme forte, qui a porté les plus pressantes angoisses et les plus cuisantes douleurs qui se puissent imaginer, avec une constance merveilleuse et une fermeté inébranlable.

C’est le Cœur de cette femme forte, qui a coupé la tête du cruel Holopherne, c’est-à-dire du péché, qui a brisé celle du dragon infernal, et qui est formidable à toutes les puissances de l’enfer comme une armée rangée en bataille; parce qu’elle a combattu généreusement et vaincu glorieusement tous les ennemis de Dieu.

Le Cœur de Marie a vaincu le Cœur du Tout-Puissant

Mais ce qui est bien davantage, c’est qu’elle a même vaincu le Tout-Puissant, s’il faut ainsi dire. J’entends un Ange, lequel, parlant au patriarche Jacob, lui dit: « Vous ne vous appellerez plus Jacob seulement, mais vous aurez nom Israël. » c’est-à-dire, selon l’interprétation de saint Jérôme et des Septantes: « celui qui surmonte Dieu. » Ce qui est conforme aussi à l’explication de l’Ange; car après avoir dit: « Vous aurez nom Israël », il ajoute: « D’autant que, si vous avez été fort contre Dieu, et que vous l’ayez surmonté, combien davantage vaincrez- vous les hommes? »

Cependant Jacob n’avait surmonté qu’un Ange, et parce que néanmoins cet Ange représentait Dieu, il lui dit qu’il a vaincu Dieu. Mais la sainte Fille de Jacob et la divine Mère de Jésus a surmonté Dieu même, en quelque manière. Car combien de fois, par la vertu de ses prières et de ses mérites, et par la force de son amour, a-t-elle vaincu l’ire de Dieu et arrêté les torrents de ses indignations, qui auraient inondé et perdu tout le monde à raison de ses innombrables forfaits?

Combien de fois a-t-elle désarmé la divine vengeance de ses foudres, qu’elle était porté de lancer sur les têtes criminelles?

Combien de fois la charité incomparable dont son Cœur est rempli pour les hommes a-t-elle lié les mains de la terrible justice de Dieu, pour l’empêcher de les châtier comme ils le méritaient?

« Oh! que l’amour et la charité du Cœur de Marie sont puissants, puisqu’ils ont vaincu le Tout-Puissant! »

Richard de Saint-Victor

Faites-nous participants de cette divine vertu dont Dieu a fortifié votre saint Cœur: afin que nous fassions toutes les actions que nous devons faire pour la gloire de votre Fils, avec une vigueur qui en bannisse toute lâcheté, et qui les rende parfaitement agréables à sa divine Majesté; afin que nous portions toutes les peines et afflictions qui nous arriveront, avec une constance et fermeté dignes de ceux qui ont l’honneur de vous appartenir; et afin que vos soldats combattent généreusement tous vos ennemis, et qu’ils remportent au tant de victoires qu’ils auront d’attaques et de combats. Ce sera vous, O grande Princesse, qui combattrez en eux et qui vaincrez par eux; et ainsi vos victoires et vos triomphes se multiplieront de jour en jour, et vous en aurez la gloire à toute éternité, qui retournera à votre Fils comme à celui qui est la souveraine force, qui est le principe de toute force, qui est tout, et qui fait tout en tous.

L’admirable Cœur de Marie, par Saint Jean-Eudes, vol 6, p.279

Le Cœur de Marie est représenté par cette verge de Moïse et d’Aaron, qui était dans l’arche.

Il y a beaucoup de rapports entre ce Cœur et ce bâton, car cette verge représente la force et la vertu de ce divin Cœur, par laquelle Dieu a fait de plus grands miracles et en plus grand nombre que par la verge de Moise.

Quel miracle de voir le Cœur d’une Vierge ravir le Cœur du Père éternel, c’est-à-dire son Fils unique et bien-aimé, le tirer de son sein adorable, le faire descendre dans ses entrailles virginales et le donner aux hommes! O potentia! s’écrie saint Bernard.

Quel miracle de voir le Cœur d’une Vierge non seulement ravir le Cœur de Dieu et le donner aux hommes; mais de Fils de Dieu qu’il est, le faire Fils de l’homme; du Verbe éternel, en faire un enfant d’un jour; d’un Dieu immortel, impassible, immense, infini, tout-puissant, en faire un homme mortel, passible, fini, impuissant!

Quel miracle de voir le Cœur d’une Vierge, qui forme, qui fait naître, et qui porte en soi celui qui est , qui est vivant et qui est résidant de toute éternité dans le sein de Dieu!

Quel miracle de voir le Cœur d’une fille, qui est le principe de la vie d’un Homme-Dieu, d’une Mère de Dieu, et de tous les enfants de Dieu, comme nous verrons ailleurs!

Quel prodige de voir le Cœur de la fille de Joachim et d’Anne, qui donne un Fils à Dieu, un Roi aux Anges, un Rédempteur aux hommes, un Père aux chrétiens, un Réparateur à toutes les créatures, et un trésor immense au ciel et à la terre!

Quel prodige de bonté et de charité de voir le Cœur d’une Mère, qui sacrifie son Fils unique qu’elle aime infiniment plus que soi-même, et qui le sacrifie dans une croix, au milieu d’une infinité de tourments, non seulement pour le salut de ses amis, mais même pour la rédemption de ceux qui le crucifient!

Quel prodige de force de voir le Cœur d’une fille, lequel souffre des tourments qui surpassent tous les supplices de tous les martyrs, et qui sont tels qu’ils seraient capables d’étouffer la vie d’un million de cœurs: et de les souffrir néanmoins avec une constance invincible et sans rien perdre de sa paix et de sa tranquillité!

Quel prodige de force de voir le Cœur d’une Mère, et d’une telle Mère, qui, après avoir vu son Fils souffrant, agonisant et mourant dans une croix, le voit ressuscité, vivant, glorieux et triomphant, sans s’éclater et s’en aller en pièces par l’abondance et par la véhémence d’une telle joie!

Quel miracle enfin de voir ce Cœur virginal demeurer perpétuellement au milieu des feux et des flammes dévorantes d’une fournaise d’amour divin, la plus ardente et la plus embrasée qui se puisse imaginer, sans toute fois se consumer!

Toutes ces merveilles appartiennent à la vertu et à la puissance du Cœur royal de la toute-puissante Mère de Dieu, lequel, après Dieu, en est la première source et le principal auteur. Ce sont les effets de la force de l’humilité, de la foi et de la charité de ce Cœur admirable. Or n’est-il pas vrai que les prodiges qui ont été faits par la verge de Moise et d’Aaron ne sont rien en comparaison de ceux-ci ?

Le Cœur admirable de la Vierge Marie par Saint Jean-Eudes vol 6, p.235

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