La Science du Cœur Immaculé de Marie


Premièrement, la divine Bonté a préservé miraculeusement ce Cœur de la Mère du Sauveur de la souillure du péché, lequel n’y a jamais eu de part. Car Dieu l’a rempli de grâce dès le moment de sa création, et l’a revêtue d’une si grande pureté, qu’il ne s’en peut point imaginer une plus grande, après celle de Dieu. Sa divine Majesté l’a possédé si parfaitement dès cet instant qu’il n’a jamais été un moment sans être tout à lui, et sans l’aimer plus purement que tous les plus saints cœurs du ciel et de la terre.

Secondement, le Père des lumières a rempli ce beau soleil, de toutes les lumières les plus brillantes de la nature et de la grâce. Car, s’il est question des lumières naturelles, le Père des esprits a donné à celle qu’il a choisie pour être l’Épouse de son Esprit divin un esprit naturel plus clair, plus vif, plus fort, plus solide, plus profond, plus relevé, plus tendu et plus parfait en toutes façons que tout autre esprit; un esprit digne d’une Mère de Dieu; digne de celle qui devait gouverner la Sagesse éternelle; digne de celle qui devait être la gouvernante de l’Église et la Reine régente de l’univers; digne de celle qui avait conversé familièrement en la terre avec les Anges du ciel, et qui plus est, avec le Roi des Anges, l’espace de trente-quatre ans; digne enfin de la très sublime contemplation, et des très hautes fonctions auxquelles elle devait être appliquée.

S’il faut parler des lumières surnaturelles, ce Cœur lumineux de la très sage Vierge en a été si rempli, que le docte Albert le Grand, nourri en l’école de la Mère de Dieu, dit hautement, avec plusieurs autres saints Docteurs qu’elle n’a rien ignoré; mais qu’elle a eu toutes sortes de sciences par infusion, et en un degré beaucoup plus éminent que tous les plus savants esprits qui aient jamais été.

Quelles sont les connaissances engrangées dans le Cœur Immaculé?

1. Elle a eu une très parfaite connaissance de la divine Essence, des perfections divines et du mystère ineffable de la très sainte Trinité; et que même elle a vu Dieu en son essence et en ses personnes divines, à l’instant de sa Conception immaculée et au moment de l’Incarnation du Fils de Dieu en elle. Et il ne faut pas s’étonner si la Reine des Saints a joui de ce privilège, puisque, selon saint Augustin et plusieurs autres, il a été accordé à Moïse et saint Paul.

2. Elle a connu très parfaitement le mystère de l’Incarnation.

3. Elle a eu connaissance des grâces infinies que Dieu lui a faites, et même de sa prédestination éternelle. Car, si un saint François et plusieurs autres Saints ont été assurés de leur salut par révélation divine, combien davantage celle qui est la Mère du Sauveur: vu particulièrement que le Fils de Dieu n’a fait aucune grâce à aucun Saint, qu’il ne l’ait communiquée beaucoup plus excellemment à sa très sainte Mère.

4. Elle a eu la connaissance et la vue des âmes et des Anges en leur propre espèce. Car, si elle a vu l’essence de Dieu, quelle difficulté y a-t-il de croire qu’elle ait vu celle des âmes et des Anges? Et si saint Paul, dans son ravissement au troisième ciel, a vu les célestes Hiérarchies, dont il a donné la connaissance à son disciple saint Denys l’Aréopagite, peut-on avoir de la peine à croire que la Reine du ciel et la Souveraine des Anges n’a pas été privée de cette faveur?

5. Elle n’a rien ignoré de toutes les choses qui appartiennent à la vie présente, et qui peuvent aider à la perfectionner, soit par le moyen de l’action, soit par ce lui de la contemplation.

6. Dieu lui a manifesté toutes les choses qui lui devaient arriver. Car, puisqu’il a fait cette grâce à quelques uns de ses serviteurs, comment ne l’aurait-il pas faite à sa très précieuse Mère?

7. Dieu lui a fait voir par révélation toutes les choses qui concernent l’état de la vie glorieuse et bienheureuse dont jouissent les habitants du ciel.

8. Elle a eu une science infuse qui lui a fait connaître toutes les choses naturelles qui sont en l’univers. Car, si cette lumière a été donnée au premier homme en si grande perfection qu’il a connu toutes les propriétés de tous les animaux qui sont en la terre, de tous les oiseaux qui sont en l’air et de tous les poissons qui sont en la mer, au moyen de quoi il a donné à chacun les noms qui leur étaient convenables; et si la connaissance de toutes les œuvres de Dieu, depuis la terre jusqu’au ciel, depuis l’hysope jusqu’aux cèdres du Liban, a été donnée à Salomon par une science infuse: la Mère de celui qui est la lumière éternelle et qui renferme en soi tous les trésors de la science et de la sagesse de Dieu, aura-t-elle été privée de ces dons et de ces lumières; elle, dis-je, en laquelle la divine Bonté a ramassé toutes les faveurs qu’elle a départies aux autres?

9. Elle n’a pas même ignoré ce qui appartient aux arts, tant mécaniques que libéraux; mais qu’elle les savait autant qu’il lui était nécessaire et convenable pour elle et pour le prochain, pour l’action et pour la contemplation.

10. Elle a eu des révélations presque continuelles et les plus hautes qui aient jamais été. A raison de quoi saint André de Candie l’appelle une fontaine inépuisable de divines illuminations ; et saint Laurent Justinien assure que ses révélations devaient autant surpasser celles des autres Saints que les grâces qu’elle avait reçues excellaient par-dessus celles qui leur avaient été communiquées.

11. Son occupation ordinaire hors l’oraison, selon saint Augustin, saint Ambroise et saint Grégoire de Nysse, c’était la lecture de l’Écriture sainte, qu’elle entendait parfaitement par une lumière infuse du Saint-Esprit.

12. Enfin elle savait en perfection toute la théologie et tous les mystères qu’elle comprend.

Mais qui pourrait dire le saint usage qu’elle a fait de toutes ces connaissances ?

Il est vrai ce que dit saint Paul, que la science est la mère de la vanité et de l’orgueil, c’est-à-dire quand elle n’est pas jointe avec l’esprit de piété et d’humilité. Mais il est vrai aussi que c’est la source de plusieurs grandes vertus, quand elle est animée de l’esprit de Dieu, et spécialement quand c’est Dieu même qui la donne par infusion; car alors il ôte le venin qui s’y pourrait glisser, et donne la grâce d’en user saintement.
Telle a été la science de la très sacrée Vierge.

Aussi elle en a fait un très saint usage, ne l’ayant employée que pour se porter à aimer Dieu plus ardemment, à procurer le salut des âmes avec plus de ferveur, haïr le péché plus fortement, à s’humilier plus profondément, à mépriser davantage tout ce que le monde estime, et estimer et embrasser avec plus d’affection les choses qu’il abhorre, c’est-à-dire la pauvreté l’abjection et la souffrance.

Enfin elle n’a jamais pris la moindre complaisance dans les lumières que Dieu lui a données, jamais n’y a eu aucune attache, jamais ne s’est préférée pour cela à personne; mais elle les a toujours renvoyées à Dieu aussi pures qu’elles étaient sorties de leur source. Voilà douze sortes de lumières qui éclatent dans le Cœur de la Reine du ciel.

Le Cœur admirable de la Sainte Mère de Dieu, par Saint Jean-Eudes, vol 6, chapitre 4.

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