Le parfum du Cœur de Marie


Tous les jours, au matin et au soir, on offrait à Dieu sur cet autel le sacrifice du Thymiame perpétuel, ainsi appelé de la bouche de Dieu qui était un parfum très excellent, composé par le commandement de Dieu de quatre espèces de senteurs:

  • La première s’appelle stacte, qui est une sorte de myrrhe, la meilleure qui soit, que l’arbre produit de soi-même et sans être incisé;
  • La seconde se nomme onyx, qui est la conque ou coquille fort odoriférante d’un petit poisson;
  • La troisième est appelé galbanus, qui est une gomme qu’on nomme galbanon en français, qui sort d’une herbe odoriférante que l’on appelle ferura, bien connue en la Syrie, de laquelle Pline et Dioscoride disent que son odeur chasse les serpents; 
  • La quatrième est de l’encens très pur.

Je trouve plusieurs saints interprètes des divines Écritures qui disent que cet Autel des encensements représente les cœurs des fidèles, qui sont autant d’autels sur lesquels ils doivent offrir à Dieu un perpétuel sacrifice de louange et d’oraison. Or si les cœurs des enfants étaient figurés par cet autel, combien davantage le Cœur de la Mère, qui, après le Cœur de Jésus, est le premier et le plus saint de tous les autels?

Nous courons à l’odeur de vos vertus,
O Vierge Marie.

Que signifient ces quatre senteurs dont le thymiame perpétuel utilisé pour l’encens dans l’Ancien Testament? C’est la pratique très éminente de quatre vertus principales, qui ont toujours été en souverain degré dans le Cœur de la Reine des vertus, par l’exercice continuel desquelles elle a offert à Dieu un sacrifice perpétuel de louanges d’honneur et de gloire, qui lui a été infiniment agréable. 

La première de ces quatre vertus, c’est sa foi très vive et très parfaite, signifiée, dit Origène, par la conque ou coquille susdite. qui rend une odeur fort agréable; parce que la coquille a en quelque façon la forme d’un bouclier, et que la foi porte ce nom dans les saintes Écritures, étant le vrai bouclier de nos âmes, qui les couvre et les défend contre les flèches envenimées des ennemis de leur salut; comme aussi parce que la foi porte partout où elle se rencontre la bonne odeur de Jésus-Christ.

La seconde des quatre vertus, c’est la pureté et la force de son oraison, représentée par l’encens. 

La troisième, c’est son incomparable miséricorde et sa charité inestimable, marquée par le galbanon, qui l’a poussée à nous donner son Fils unique pour être notre rédemption. 

La quatrième, c’est la mortification très sensible et très douloureuse, figurée par la première myrrhe, avec laquelle elle a offert ce même Fils en sacrifice à son Père éternel, pour notre salut.

Voilà le thymiame perpétuel et le sacrifice continuel que la Mère du Sauveur a offert durant tout le cours de sa vie sur l’autel de son Cœur, avec tant d’amour et de charité, qu’elle a mérité d’être associée avec son Fils dans le grand sacrifice qu’il a fait de soi-même pour le salut de l’univers. 

« O glorieuse Vierge, vous êtes tout feu d’amour et de charité, vous avez fait un sacrifice à Dieu de tout ce que vous avez et de tout ce vous êtes, qui lui est très agréable. O admirable phénix, vous avez amassé toutes sortes de bois aromatiques (c’est-à-dire toutes les pratiques des vertus les plus rares), puis y ayant mis le feu de l’amour divin, vous avez rempli tout le ciel et tous les habitants du ciel d’une merveilleuse odeur.
C’est ici le très doux parfum et le très excellent thymiame qui sort de l’encensoir du Cœur de Marie, et qui surpasse incomparablement toutes les senteurs les plus agréables. Encensoir qui, étant entre les mains du souverain Prêtre, non seulement a envoyé son encens jusqu’au plus haut des cieux, mais il a été lui même élevé jusqu’au trône du Roi éternel. »

Saint Amédée, évêque de Lausanne

Le Cœur admirable de la Vierge Marie par Saint Jean-Eudes, vol 6, p.232

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