Lettre N° 16 – Un jubilé teinté de joie et de tristesse


Chers Chevaliers de l’Immaculée,

Notre petit jubilé des 20 ans de la Milice de l’Immaculée d’Observance Traditionnelle touche à sa fin. En nous remémorant ces années, nous devons d’abord remercier Dieu d’avoir permis à cette petite armée de Notre Dame de se répandre dans 62 pays sur les 5 continents. Cependant, ne voulant pas que nous bâtissions sur le sable, surtout en cette année, l’Immaculée nous a envoyé ses bénédictions au moyen de croix et d’épreuves : les restrictions mondiales ont rendu l’apostolat extérieur (diffusion de tracts ou des médailles etc.) très difficile, voire impossible ; tous nous avons été confrontés et absorbés par tant de problèmes, que l’aspect spécifique de la Milice, à savoir être un instrument de l’Immaculée pour convertir les âmes, s’est un peu perdu de vue.

En effet, beaucoup d’entre nous passent par l’épreuve douloureuse d’un isolement terrible, avec le manque de la Sainte Messe et des sacrements. Qui au début de cette année aurait pensé à un tel changement, à de telles calamités ? De plus, partout dans le monde la haine contre l’Eglise et contre la morale chrétienne prend des formes toujours plus brutales. Et de Rome nous ne recevons que des pierres à manger et des abominations à déplorer… Au milieu de tant de tristesses, est-il encore de mise de faire un jubilé, qui devrait être une occasion de joie. Où est cette joie aujourd’hui ?

Demandons donc simplement au fondateur de la MI, ce qu’il ferait aujourd’hui à notre place. La réponse n’est d’ailleurs pas difficile, si l’on se souvient, que le Père Maximilien Kolbe a aussi traversé des moments très pénibles dans sa vie, beaucoup plus durs que ce que nous vivons aujourd’hui.

C’est un fait que toute sa vie ne fut qu’une longue épreuve : les suites de la tuberculose faisaient de lui un perpétuel agonisant à qui les médecins ne donnaient plus que 3 mois à vivre. Les 5 premières années de la MI répétaient à l’envie les railleries de ses confrères, provoquant cet isolement spirituel de n’être compris ni accepté de personne. Il en fut de même de ses 6 années passées au Japon : abandon et trahison de ses propres frères, méfiance et hostilité de certains membres du clergé, manque de ressources, et parfois même du nécessaire pour vivre etc.

Malgré cela, la Milice ne faisait que grandir. Quel beau succès, en juin 1939, de pouvoir compter à Niepokalanow 13 prêtres, 762 frères et plus de 100 petits séminaristes, ayant en main un apostolat de la bonne presse comme nulle part dans le monde. Et tout à coup, voici la guerre, la confiscation de la Cité de l’Immaculée par les troupes allemandes, la mobilisation de presque tous les frères, et l’arrestation des 42 derniers, déportés dans les camps de concentration. Quelle épreuve – on pourrait dire que d’un jour à l’autre toute l’œuvre du Père Kolbe s’écroulait.

Quelles furent les réactions, les agissements de ces frères qui avec le Père Maximilien se retrouvaient dans une atmosphère de prison forcée, entourés de prisonniers désespérés, de criminels sans foi ni loi, de surveillants pour la plupart pleins de mépris et de haine brutale. A cause de cette crise Covid, nous pouvons maintenant imaginer un tout petit peu la peur, la tristesse, les souffrances de ces frères. Et que leur rappelle, et à nous aussi, notre saint fondateur ? Notre don à Marie et les fruits de ce don total :

« Nous nous sommes donnés à elle, nous voulons gagner toutes les âmes pour elle, donc elle nous utilise comme sa propriété ; et nous devrions lui être reconnaissants de nous utiliser. On a probablement besoin de nous ici maintenant, et non pas à Niepokalanow. Combien grande est sa bonté ! Ils nous ont amenés ici gratuitement, et la baraque est là, avec de quoi manger. Pour beaucoup de gens, c’est peut-être ici, la seule occasion de mettre de l’ordre dans leurs affaires avec Dieu, ou de susciter en eux un plus grand intérêt pour la religion afin de trouver la force d’endurer ces souffrances en paix. D’autres qui étaient en colère et passaient leur temps à maudire leurs frères, se transforment maintenant et deviennent meilleurs. »

Pour surmonter les épreuves, il faut comprendre qu’elles sont l’expression de la volonté de l’Immaculée :

« Il n’y a pas lieu de se décourager. Il y aura toujours des difficultés et des souffrances. Si par amour pour l’Immaculée on supporte même des peines comme le manque de la Messe et de la Sainte Communion, de nombreuses âmes peuvent être sauvées par Elle : qu’il s’agisse de païens qui ne connaissent même pas le nom de leur Père et Créateur, ni de notre Mère du Ciel, Médiatrice de toute grâce, ou qu’il s’agisse encore des hérétiques ou des indifférents. Si l’Immaculée le veut, nous reviendrons (à Niepokalanow), nous travaillerons comme avant la guerre et nous irons aussi dans d’autres pays. Mais nous ne voulons pas contrarier ses désirs : si telle est la volonté de l’Immaculée, nous voulons même mourir ici, quand bien même d’autres seraient libérés. »

Face à la peur d’un avenir le plus sombre il faut opposer une confiance absolue en la divine Providence :

« Il ne nous appartient pas de nous soucier de l’avenir, de ce qu’il sera ou ne sera pas, de la manière dont nous travaillerons, de l’endroit où nous nous trouverons, car tout cela est guidé par la Providence divine jusque dans les moindres détails. L’Immaculée sait certainement tout cela. Et cette pensée que rien ne se passe sans la permission de Dieu est capable de nous apaiser entièrement. L’Immaculée atteindra ses fins et rien ni personne ne peut empêcher la réalisation de ses intentions. Le monde entier et tous les démons ne peuvent rien faire sans permission divine. Laissons-nous diriger par l’Immaculée ! Si elle choisit cette voie pour nous, c’est seulement pour notre plus grand bien. Alors, telles des étincelles éparpillées, les cœurs de tous les frères allumeront de nouvelles flammes autour d’eux, et ainsi le but de la Milice de l’Immaculée sera atteint : sanctifier les âmes en les rapprochant toujours plus de Marie Immaculée (8 Mars 1940). »

Le Père Kolbe nous montre aussi les avantages surnaturels que nous pouvons tirer de la souffrance et de l’humiliation :

« Afin de faciliter nos efforts pour la conversion des âmes, Dieu permet différentes croix, dépendantes ou non de la volonté d’autrui, venant de la bonne volonté ou non. C’est un vaste champ de grâces à utiliser. Parmi ces ressources, les plus utiles sont les tracasseries subies de la part des autres, car c’est alors que notre vertu d’espérance s’accroît. Et nous pouvons réciter ensuite avec plus de joie, cette phrase du « Notre Père » : « pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. » [Mt 6,12]. Après tout, c’est une prière qui nous a été donnée par le Seigneur Jésus lui-même. Il suffit donc de leur pardonner de tout cœur pour recevoir le pardon de Dieu. Quel malheur si nous n’avons rien à pardonner, et quel bonheur si nous avons beaucoup d’insultes à pardonner pendant la journée. Certes, la nature frémit devant la souffrance et l’humiliation, mais, regardées à la lumière de la foi, combien elles sont nécessaires pour la purification de notre âme, combien elles sont douces, combien elles contribuent à une plus grande intimité avec Dieu, et donc à une prière plus efficace, et à une action plus efficace. »

Voilà ce que certainement nous dirait notre Fondateur aujourd’hui.

Il était évident pour Maximilien Kolbe que les plus grandes épreuves sont aussi des moments de plus grandes grâces. Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus exprimait le désir de vivre dans les derniers temps, car elle voulait montrer à Jésus son amour au milieu des plus grandes épreuves et aussi parce qu’elle savait combien d’âmes elle pourrait sauver par sa fidélité. Et, de fait, nous pouvons déjà constater l’œuvre bienfaisante de l’Immaculée qui d’un mal en sort un plus grand bien : les conversions se multiplient, beaucoup de catholiques se réveillent, on constate un retour à la tradition comme jamais auparavant etc.

Il nous est donné de vivre des moments extraordinaires de l’histoire. Donc il ne faut pas « louper le coche » ! Saisissons-nous donc plus que jamais du chapelet et prions-le avec ferveur. « Nul ne peut nous enlever le Rosaire », engageons-nous donc avec ardeur dans la Croisade pour la libération de la Messe et les vocations, et surtout, rappelons-nous les insignes bienfaits et les promesses de Notre Dame à Fatima qui nous demande la dévotion à Son Cœur Immaculé, par la dévotion des 5 premiers samedis du mois.

Alors non seulement nous ne perdrons jamais courage, mais la tête haute, en chevaliers fidèles, nous affronterons tout ce qui peut nous arriver dans l’avenir.

Jetons encore un coup d’œil sur le Père Maximilien mourant à Auschwitz dans le camp de concentration : avec joie il donne sa vie à la place d’un co-prisonnier, il prépare les autres condamnés à la mort en les convertissant tous. Lorsqu’on vient lui donner l’injection d’éthanol, il accueille le bourreau par un sourire qui n’est pas de cette terre. C’est ainsi que l’Immaculée récompense une vie consacrée à Elle.

Je termine par ce conseil lumineux qui devrait être pour nous le grand mot d’ordre en ces temps difficiles : Faire bien ce qui dépend de moi, et bien supporter ce qui ne dépend pas de moi – c’est toute la perfection et la source du vrai bonheur dans le monde. (10 juillet 1940)

Varsovie, le 27 novembre 2020 en la fête de la Médaille Miraculeuse

Abbé Karl Stehlin

N'oubliez pas de partager pour le bien des âmes

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *